Appel à contributions | Genre, sexualités et normativité dans le passage à la vie adulte

 

Appel à contributions

Genre, sexualités et normativités dans le passage à la vie adulte

La Revue Jeunes et Société lance un appel à contributions pour un dossier sur le thème du genre, des sexualités et de la normativité dans le passage à la vie adulte coordonnée par Gabrielle Richard (PhD, Université de Paris-Est Créteil).

 

Les intentions de contributions (3 000 signes maximum, espaces compris), incluant un titre préliminaire, une présentation du sujet (contexte et positionnement dans la littérature), son traitement (méthodologie) et les principaux résultats, doivent être adressées à rjs@ucs.inrs.ca au plus tard le 1er septembre 2017. Les auteurs dont les propositions sont retenues seront avisés vers le 15 septembre 2017. L’acceptation de l’intention ne présume pas de l’acceptation de l’article, lequel sera soumis à la procédure d’évaluation habituelle de la revue (évaluation par les pairs).

 

Les articles complets (en français, maximum 60 000 signes, espaces compris, références incluses, accompagné d’un résumé de 1500 signes, espaces compris) devront être soumis avant le 15 février 2018 en version électronique sur le portail de la revue.

 

Les auteurs sont invités à consulter la politique éditoriale de la revue et les directives aux auteurs pour la préparation des textes finaux. La revue n’accepte que les textes originaux et inédits qui ne sont pas en évaluation par une autre revue.

 

Pour obtenir des renseignements supplémentaires, contacter rjs@ucs.inrs.ca.

 

Présentation de la thématique

Les travaux en sociologie du genre – et dans une certaine mesure en sociologie de la jeunesse et de l’éducation – ont mis au jour l’existence de normes sociales genrées. Ces normes de genre réfèrent aux attentes sociales et culturelles ciblant les personnes en fonction de leur assignation de sexe à la naissance, et contribuant à établir lesquels des comportements, des corps et des identités sont considérés « normaux » (attendus, adéquats ou désirables) pour les filles ou pour les garçons (Payne et Smith, 2016). Ainsi, les filles seraient encouragées à se conformer à des standards de féminité, où l’apparence et l’attirance aux yeux des garçons auraient la part belle. On attendrait également d’elles qu’elles soient posées, attentionnées, et qu’elles réussissent bien à l’école (Bouchard, St-Amand et Tondreau, 1996). Les garçons construiraient plutôt leur masculinité à travers des standards de force physique, d’indifférence émotive, par le biais de la prise de risques ou de l’attitude de cancre en classe (Mieyaa, Rouyer et Le Blanc, 2012).

 

Le poids de ces normes se ferait particulièrement sentir lors du passage à la vie adulte. La flexibilité ou la rigueur avec laquelle les jeunes sont appelés à les ratifier interroge les attentes de genre et de sexualité qui sont celles de la vie adulte, et qui peuvent différer en fonction des sociétés, des aires culturelles ou des groupes ethno-socio-économiques auxquels ces jeunes appartiennent (Clair, 2010). Les avantages liés à l’accès au pouvoir et à la popularité conférés aux jeunes se conformant aux attentes les ciblant en fonction de leur sexe biologique (Ringrose et al., 2012) et cherchant activement cette même conformité chez leurs pairs (Duffy et al, 2016) ont été démontrés, mais leur analyse demande à être davantage intersectionnellement située. Celles et ceux qui incorporent inadéquatement ces attentes aux yeux de leurs pairs sont dans plusieurs cas pénalisés, mais à différents degrés. Cela peut être le cas des filles qui sollicitent « trop » l’attention des garçons, des garçons qui sont considérés comme faibles, des adolescents et adolescentes LGBQ[1], trans, ou perçus comme tels. C’est ainsi que l’on peut expliquer l’ampleur des phénomènes de violences genrées (incluant les violences sexistes, homophobes ou transphobes) documentés en milieu scolaire, notamment (Payne et Smith, 2016).

 

Étudier la socialisation à ces normes de genre nécessite de considérer les mécanismes d’entrée dans la sexualité et dans les dynamiques de séduction hétérosexuelle. Il ne s’agit pas de dire que la sexualité et la conjugalité sont les balises obligées d’un passage à l’âge adulte, mais de suggérer que la mise en hétérosexualité est probablement la preuve la plus patente d’une mise en genre « réussie » (Richard, 2017). Les mécanismes par lesquels la sexualité hétérosexuelle vient à se développer, mais surtout à être affichée auprès des pairs, peuvent varier. On s’attend des filles qu’elles aient un corps attirant et qu’elles se présentent de manière à être jugées désirables par les garçons, voire par les hommes, tout en préservant une certaine innocence (Tolman, 2006). Dans ce contexte, la mise en couple hétérosexuel confère un statut privilégié aux filles, puisqu’elle confirme à la fois sa désirabilité et sa respectabilité sexuelle. Les rumeurs hétérosexuelles (qui est amoureux de qui), la rédaction d’entrées dans un journal intime, ou l’adoration de personnalités masculines célèbres sont autant de manières de se positionner publiquement comme hétérosexuelles. Les performances de la masculinité sont, elles aussi, étroitement liées à la capacité de prouver son hétérosexualité. Les conversations entre garçons et portant sur les filles, sur leur corps et sur la sexualité en général seraient à comprendre comme de véritables rituels hétéronormatifs dont l’importance serait définitive dans l’étalage d’une masculinité, incluant la démonstration d’une domination sur les filles et sur leurs corps (Lebreton, 2017).

 

À partir d’une variété d’approches théoriques et méthodologiques, ce dossier thématique de Jeunes et société cherche à mettre en lumière et à questionner les normes contemporaines de mise en genre et de mise en sexualité. À ce titre, les soumissions proposant un éclairage comparatif international et intersectionnel seront favorisées. Les contributions pourront s’articuler autour des axes thématiques suivants, sans toutefois y être limitées :

 

1. La mise en normes de genre et de sexualité dans différents types d’espaces

Les propositions d’articles pourront étudier les mécanismes d’assignation à un sexe tels qu’ils se présentent singulièrement dans différents espaces, notamment où leur emprise a été encore peu documentée. Quels modèles de masculinité, de féminité ou de sexualité sont-ils présentés comme dominants ou adéquats, et dans quels contextes donnés ? À quel point le cyberespace permet-il de véhiculer de manière privilégiée les normes encourageant les performances stéréotypées de genre et de sexualité (Bailey, 2015) ? Les représentations culturelles, éducatives et médiatiques contemporaines conduisent-elles à la diffusion de modèles s’émancipant des conceptions hétéronormatives dominantes ou reconduisent-elles une bicatégorisation par sexe et une naturalisation de l’hétérosexualité ?

 

2. Identités multiples, normes contraignantes

Les écrits sur l’intersectionnalité plaident pour la nécessité de passer outre le cloisonnement des axes de différenciation sociale pour considérer les manières dont le positionnement des individus au sein de ces axes peut générer des expériences singulières (Bilge, 2009). Or, si un nombre croissant de chercheurs considèrent simultanément les catégories de sexe/genre et de sexualité/orientation sexuelle, peu sont en mesure de rendre compte de leur articulation avec  d’autres rapports sociaux (classe, race, ethnicité, handicap) chez des adolescents et adolescentes ou des jeunes adultes aux identités multiples (Dafflon, 2016 ; Zahed, 2015). Comment se manifestent concrètement, dans les expériences de ces jeunes, les rapports sociaux multiples au sein desquels ils se trouvent et qui peuvent configurer distinctement les attentes qui les ciblent en matière de genre ou de sexualité ? À quelles représentations spécifiques d’une féminité (d’une masculinité, d’une sexualité) dominante certains jeunes font-ils face, et comment y négocient-ils leur propre positionnement (identité de sexe/genre, pratiques sexuelles ou abstinence, orientation sexuelle) ? En quoi l’interaction entre divers axes potentiels d’oppression peut-elle reproduire des inégalités sociales ou, au contraire, créer les conditions pour en être exempté ?

 

3. Les impacts de ces normes sur le devenir adulte

Les recherches sur la jeunesse et le passage à l’âge adulte suggèrent que ces phénomènes gagnent à être appréhendés, non plus comme la succession de phases attendues, mais comme la multiplication des premières fois (Calvès, Bozon, Diagne et Kuépié, 2006). Ces « premières fois » peuvent être liées à la sexualité ou à la conjugalité (initiations sexuelles, première mise en couple) et se jouer différemment selon qu’elles sont considérées comme désirables ou non par les adolescents et adolescentes concernés. Quelle lecture genrée peut-on faire des rites de passage à la vie adulte? Comment l’appréhension scientifique de ces phénomènes peut-elle considérer les phases de questionnements, d’explorations, de multiplication des partenaires sexuels ou affectifs, ou au contraire, d’abstinence, susceptibles d’être inhérentes au développement d’une orientation sexuelle, d’une identité de genre ou d’une identité genrée minoritaires? Les contributions pourront également constituer en des réflexions théoriques portant sur les processus de mise en genre et en sexualité à l’adolescence, et sur l’émancipation possible face aux normes dominantes en matière de sexualité ou d’identité.

 


 

Références

Bailey, D. (2016). Beefing up the beefcake : Male objectification, boy bands, and the socialized female gaze. Scripps Senior Theses. Paper 743. URL : http://scholarship.claremont.edu/scripps_theses/743

Bilge, S. (2009). Les théorisations féministes de l’intersectionnalité, Diogène, 1(225), 70-88.

Bouchard, P., St-Amand, J.-C. et Tondreau, J. (1996). Socialisation sexuée, soumission et résistance chez les garçons et les filles de troisième secondaire au Québec. Recherches féministes, 9(1), 105-132.

Calvès, A. E., Bozon, M., Diagne, A. et Kuépié, M. (2006). « Le passage à l’âge adulte : repenser la définition et l’analyse des « premières fois » », in Antoine, P., Lelièvre, E. (dir.), États flous et trajectoires complexes. Observation, modélisation, interprétation, Paris : INED, 137-156.

Clair, I. (2010). Des filles en liberté surveillée, dans les espaces ruraux et périurbains aujourd’hui. Dans Blanchard, V., Revenin, R. & Yvorel, J.-J. (dir.). Les jeunes et la sexualité. Initiations, interdits, identités (XIXe-XXIe siècle) (pp. 321-329). Paris : Autrement, Mutations.

Dafflon, A. (2016). Sexualité juvénile et fabrique du genre en milieu rural en Suisse. Genre, sexualité & société, 14. URL : http://gss.revues.org/3637 

Duffy, A. L., Penn, S., Nesdale, D. et Zimmer-Gembeck, M.J. (2016). Popularity: Does it magnify associations between popularity prioritization and the bullying and defending behavior of early adolescent boys and girls? Social Development, 26, pp. 263–277.

Lebreton, C. (2017). Adolescences lesbiennes. De l’invisibilité à la reconnaissance. Montréal : Éditions du remue-ménage.

Mieyaa, Y., Rouyer, V. et Le Blanc, A. (2012). La socialisation de genre et l’émergence des inégalités à l’école maternelle : le rôle de l’identité sexuée dans l’expérience scolaire des filles et des garçons. L'orientation scolaire et professionnelle, 41(1), URL : http:// osp.revues.org/3680

Payne, E. et Smith, M. (2016). Gender policing. Dans N. M. Rodriguez, W. J. Martino, J. C. Ingrey et E. Brockenbrough (dir.). Critical Concepts in Queer Studies and Education (pp. 127-136). New York : Palgrave Macmillan.

Richard, G. (2017). « Il y a au moins trois gais dans la classe »
: Apports d’une analyse des pratiques enseignantes pour comprendre l’hétéronormativité à l’école. Nouvelles pratiques sociales, 281, pp. 107–124.

Ringrose, J., Gill, R., Livingstone S. et Harvey, L. (2012). A qualitative study of children, young people and ‘sexting’, Londres : NSPCC.

Tolman, D. L. (2006). In a different position: Conceptualizing female adolescent sexuality development within compulsory heterosexuality. New Directions for Child and Adolescent Development, 112, 71-89.

Zahed, L. M. (2015). L'émergence publique des minorités sexuelles musulmanes et les mutations d'un rapport inclusif à l'islam en France : des représentations sociales et identitaires alternatives. L’Atelier du Centre de recherches historiques. URL : http://acrh.revues.org/7248



[1]Lesbiennes, gais, bisexuels. et bisexuelles et queers