Gagner la reconnaissance des pairs en évitant la réputation de « pute ». L’injonction paradoxale qui pèse sur les filles impliquées dans des transactions sexuelles

Annamaria Colombo, Myrian Carbajal, Marlène Carvalhosa Barbosa, Marc Tadorian

Résumé


La reconnaissance des autres, et plus spécifiquement des pairs, est particulièrement importante à l’adolescence, lorsque les jeunes construisent leur identité d’adulte. Une recherche menée en Suisse auprès de jeunes femmes et hommes âgés de 14 à 25 ans montre que cette quête de reconnaissance peut amener certains et certaines jeunes à s’engager dans des transactions sexuelles, c’est-à-dire des expériences d’ordre sexuel associées à un échange financier, matériel et/ou symbolique. Toutefois, dans les représentations de tous et toutes les jeunes rencontrés, l’échange associé à la sexualité renvoie à la prostitution, dont la plupart cherchent à se distinguer en raison de la stigmatisation sociale dont fait l’objet cette pratique. Le défi pour ces jeunes est donc de pouvoir faire la preuve de leur capacité à développer des expériences intimes, affectives et sexuelles, tout en évitant des comportements susceptibles d’être stigmatisés. Or, les attentes de comportements ne sont pas les mêmes pour les garçons et les filles, ces dernières étant plus susceptibles de se voir attribuer une réputation de « pute », qu’elles acceptent ou non de s’engager dans des transactions sexuelles. À partir des résultats de cette recherche, cet article vise à mettre en lumière les enjeux de genre qui interviennent dans ces expériences de transactions sexuelles impliquant des jeunes et leur articulation avec les processus de construction identitaire et de reconnaissance lors de la transition à l’âge adulte.

Mots-clés : sexualité juvénile, socialisation, reconnaissance, hétéronormativité, transactions sexuelles

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